Wordt deze nieuwsbrief niet goed weergegeven? Bekijk deze e-mail in je browser
#3
Mu.ZEE Romestraat 11
8400 Oostende
muzee.be

BOUTEILLE À LA MER

« (...) nous ne sommes pas des points sur une ligne, mais plutôt le centre de cercles. » (John Berger)

C’est le moment de passer en revue et de remettre en question les moments Mu.ZEE. Quel genre de musée voulons-nous être encore davantage? Quelle est la place du musée dans le monde et il y a-t-il de l’espoir pour ce monde? Ou partageons-nous le discours de remerciements de Svetlana Alexievitch, l’écrivaine et journaliste d’investigation biélorusse qui a remporté cette année le prix Nobel de littérature : « Le temps de l’espoir a été remplacé par le temps de la peur. Le temps recule. C’est du temps de seconde main... »

« SOUTH as a state of mind » est le premier message (sous la forme d’un magazine) de l’équipe d’Adam Szymczyk, le directeur artistique du prochain Documenta en 2017. Il a ajouté qu’outre Kassel, ville natale de l’exposition, Athènes accueillerait l’événement. Le souvenir et les idées du poète puis philosophe Édouard Glissant (1928-2011) font partie de ce qu’on pourrait appeler « le sud comme lieu mental ». Glissant a démontré que la différence représentait une force, qu’elle était un aspect secondaire de la solidarité et de la réconciliation. Dans le « Tout-Monde » ou « mentalité du monde » de Glissant, les différences et les rapports changeants peuvent rassembler et réunir des entités autonomes, donner de l’énergie et mener à la beauté et la liberté.

Que pouvons-nous apprendre d’un continent africain « du sud » composé de 54 pays différents? Achille Mbembe, le philosophe qui joue un rôle primordial dans la démarche de l’exposition « L’Europe fantôme » réagit vivement lorsqu’on lui demande son avis sur l’Europe : « Je ne sais pas. Je préfère ne rien dire sur l’Europe. L’Europe est fatiguée, épuisée et suffisante. L’Europe a atteint un très haut niveau de confort humain, mais en a payé le prix fort. Cela fonctionne. Il n’y a rien à ajouter. L’Europe a atteint les plaisirs existentiels que le reste de l’humanité ne peut que lui envier. Mais l’Europe tourne sur son propre axe. Elle n’est pas prête à prendre ses responsabilités pour l’avenir de cette époque. L’Europe veut vivre sur son île, ce superbe musée. Nous vivons à une époque où nous devons prendre conscience que le monde est un tout. On ne peut pas vivre dans l’illusion que nous ne sommes pas tous profondément liés. Il n’y a pas de distinction entre ici et là. »

Pourquoi se concentrer sur ces analyses et propositions de Glissant et Mbembe? Pourquoi le Mu.ZEE organise-t-il une exposition comme L’Europe fantôme, sur la représentation de l’art africain au vingtième siècle? Parce qu’elle fait partie d’un regard plus large sur nos collections, sur la manière dont nous devons engager le dialogue avec notre histoire commune et celle dont nous pouvons activer des œuvres d’art avec de nouvelles significations. Les nouveaux commentaires à écrire sur les pièces de collection ne porteront plus sur le bon ou l’erreur, mais parleront de la façon de créer des archives hybrides et plurielles. Il s’agit de cartographier des itinéraires, des mouvements circulaires, de rendre visible une histoire transculturelle et plurielle.

Ou formulé de manière moins abstraite et théorique : nos musées sont-ils bel et bien décolonisés? Les musées occidentaux sont à l’origine des constructions idéologiques et les rapports de force inégaux

de l’époque coloniale demeurent dans les collections, dans notre façon de les gérer et de les consulter et les maintenir en vie. Les œuvres d’art de la collection du Musée royal de l’Afrique centrale à Tervuren sont encore emprisonnées dans le passé. L’exposition à Mu.ZEE veut réveiller les fantômes du passé. Formuler des alternatives fait partie, je l’espère, d’un futur projet d’exposition au musée de Lubumbashi – les contributions de Patrick Wokmeni et Manfred Pernice sont un point de départ.

Il est possible de produire de nouvelles significations. En 2014, Sammy Baloji a employé des tableaux de Constant Permeke et des gravures de James Ensor de nos collections pour ses recherches. Il nous a montré que les collections sont mobiles et comment les mettre en mouvement en changeant constamment de position, et en les analysant et les interprétant tour à tour. 

Cet été, l’exposition « Vuur en Klei » (« Feu et Argile ») d’Innovando la Tradición – un volet de Beaufort Beyond Borders – montre comment l’expérience et la connaissance de générations de potiers d’Oaxaca au Mexique peuvent être placées dans un contexte contemporain et une réflexion axée sur l’innovation, la durabilité et l’écologie. Le pot en céramique fait partie d’une collection et, abstraction faite de l’origine, de l’utilisation et d’autres éléments traditionnels précieux, de nouvelles histoires parallèles peuvent être ajoutées à ce même pot.

En 2016, nous continuerons de développer et d’explorer cette vision du musée. C’est un apprentissage et une manière d’approcher nos collections comme un domaine de recherche, de débattre d’œuvres d’art comme biens culturels. Au Weltkulturen Museum (« Musée des cultures du monde ») de Francfort, Clémentine Deliss a fait un véritable travail de pionner en la matière et termine son texte « Collecting Life’s Unknowns » avec la phrase suivante : « C’est la graine d’une nouvelle université-musée, collaborant constamment avec des impulsions externes et remodelant les concepts de généralisme et d’intellect démocratique vers une éducation non standardisée, indépendante et auto-organisée ; une institution subjective, perméable et fragile. »

En 2016, nous emprunterons une voie plus fragile, en dialogue avec notamment James Ensor et Léon Spilliaert, Oskar Serti, Patrick Corillon, Honoré d’O, Carsten Höller, Jules Schmalzigaug et le livre de cuisine futuriste. L’espoir se cache dans la créativité.
Début janvier sortira la Bouteille à la mer #4 sur le Mu.ZEE et l’art contemporain!

17 décembre 2015
Phillip Van den Bossche
directeur du Mu.ZEE, Ostende

Image : Jane Graverol, L’Afrique inconnue – La mythologie comparée, 1958, Collection Mu.ZEE

 

reageer
Mu.ZEE Stad aan Zee OostendeFlanders State of the ArtComitee Mu.ZEEKlara Mu zee um
Deze nieuwsbrief niet langer ontvangen? Deze nieuwsbrief niet langer ontvangen?