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Où est le musée d’art moderne ? (1re partie)

« Toutes les sociétés l’ignorent, la guerre que livre un artiste à sa société est une guerre d’amour, et il fait, de son mieux, ce que font les amoureux : révéler l’être aimé à lui-même et, avec cette révélation, concrétiser la liberté. » (James Baldwin)

 

 

Le 16 janvier dernier, Laurent Busine, directeur du musée du Site du Grand-Hornu, prononçait une dernière allocation avant son départ à la pension.
Il a formulé à cette occasion un message sans équivoque aux invités présents, revenant sur ses propres mots : « L’art ne connaît pas de progrès ».
Il conseillait aussi à son successeur d’être généreux (« La collection ne t’appartient pas ») et de douter (« Laisse le doute s’insinuer dans tes choix et
ta manière d’exposer »). Des propos qui n’auraient pas pu tomber à un meilleur moment, car depuis plusieurs semaines déjà, j’étais en prise à une « vieille » question quant à la scission entre art moderne et art contemporain.

 

Ne s’agit-il pas d’une démarcation artificielle ? Où commence et où s’achève
le moderne? À quel moment l’art contemporain que nous collectionnons aujourd’hui devient-il moderne ? On pourrait alimenter plusieurs éditions « théoriques » et « artistico-philosophiques » de cette Bouteille à la mer avec ce thème, bien que ce ne soit peut-être pas du tout nécessaire. Peut-être s’agit-il du début d’un projet d’exposition au long cours composée de différents ingrédients : généreux, avec des doutes, transculturel, avec des artistes et la collection, avec des idées d’ici et d’ailleurs, d’hier et de demain, avec du contenu de l’intérieur et de l’extérieur de l’institution « musée ».

 

Il y a deux noms et genèses sur lesquels je pourrais m’étendre, mais que je me contenterai d’aborder brièvement ici. Le MoMA, ou Museum of Modern Art, de New York recueille jusqu’à ce jour de l’art contemporain, du design,
des œuvres photographiques et, depuis quelques années, des jeux vidéo.
La première exposition temporaire date de 1929 et parmi les artistes participants figuraient les noms de Van Gogh, Gauguin, Cézanne et Seurat.
L’un des plus anciens musées d’art moderne se trouve à Aódz, en Pologne. Il est à peine plus âgé que le MoMA – en raison de la différence entre exposer et collectionner – puisque sa création remonte en 1929, quand un groupe d’artistes (groupa « a.r. ») se mit à collectionner des œuvres d’art de ses contemporains d’avant-garde (dont Georges Vantongerloo). Aujourd’hui,
le Muzeum Sztuki de Aódz est référencé comme musée d’art et sur son site Internet, il est question d’une collection des 20e et 21e siècle. Le MoMA préfère parler de collection d’art moderne et contemporain en ce qui le concerne. Quatre-vingt cinq ans ont passé, mais les différences demeurent.

 

Où est la liberté et où est la spécificité ? Le MoMA propose ce printemps
la première rétrospective américaine consacrée à Marcel Broodthaers.
Le Muzeum Sztuki se penche quant à lui depuis un an sur la réinterprétation de sa collection, la mise à jour des significations possibles des œuvres de
sa collection. Sous le titre « Atlas of Modernity », ses collaborateurs analysent des concepts liés comme l’émancipation, l’autonomie, l’industrialisation,
le capital et l’expérimentation, tous liés à la modernité : « La fin de l’ère moderne et l’avènement d’une nouvelle époque – l’époque à laquelle de nouveaux paradigmes devaient s’appliquer – ont été annoncés à de nombreuses occasions. Pourtant, le monde dans lequel nous vivons reste dans une large mesure défini par des phénomènes, processus et notions qui apparaissaient dans la modernité. La culture, les modèles de connaissance scientifique, la réalité sociale, les formes de politiques et les mécanismes économiques,

l’idée que nous nous faisons de nous-mêmes et, enfin,
nos désirs et nos craintes, ont tous été façonnés par la modernité. En savoir plus sur la modernité est nécessaire si nous tentons de comprendre le monde contemporain et si nous voulons trouver notre place en son sein. »

 

Le musée peut-il devenir un endroit spécifiquement dédié au partage de la plus grande liberté possible entre les artistes et le public ? Les mots prononcés par Steven ten Thije il y a quelques années forment un écho complémentaire à
la commémoration permanente d’œuvres d’art à la fois en tant qu’artefacts et comme des machines à remonter le temps potentielles : « Grâce à l’art, nous entendons, voyons et ressentons mieux. Plus encore, l’art nous invite à y réfléchir et à émettre notre propre jugement. » Voilà pourquoi j’aimerais en savoir plus sur les idées politiques de Marcel Broodthaers : pourquoi s’est-il rendu au célèbre Speakers’ corner d’Hyde Park à Londres avec un tableau noir sur lequel il avait inscrit SILENCE ? « Une conversation silencieuse d’un point de vue personnel », si l’on en croit la description correspondante. C’était en 1972, cette même année où Atari lançait avec succès le premier jeu vidéo commercial PONG. Le hasard peut aussi jouer un rôle (secondaire). Revenons à l’Histoire :
un écriteau était aux Pays-Bas du 16e au 18e siècle une ordonnance par laquelle les dispositions du gouvernement étaient portées à la connaissance de
la population.

 

Retour au musée en 2016 : nous avons inauguré l’année avec « Le vrai Mu.ZEE imaginaire », un dialogue de Patrick Corillon avec la collection. Outre un site Web, où une nouvelle fenêtre et un nouveau récit s’ouvrent chaque semaine, Patrick Corillon présente pendant quatre saisons de suite les collections du musée. Au cours de ses nombreuses quêtes dans le dépôt d’œuvres, il a parlé des images « flottantes ». Des centaines de tableaux reposent sur des dizaines de rayonnages. Soigneusement stockés, on n’en voit que la tranche. Et pourtant, il règne dans le dépôt une atmosphère imprégnée des centaines d’images dormantes. Car même les tableaux qui dorment brillent. L’air que l’on respire dans le dépôt d’art se compose de microparticules, etc.  Je dévoile ici avec mes propres mots un extrait du livre Les images flottantes de Patrick Corillon, à paraître en mai.

 

Dans son acception actuelle, le terme iconoclaste désigne généralement
une personne qui, aux yeux d’une autre, ne peut apprécier la culture ou l’art. Une iconoclasse pourrait dès lors être une « école des images ». À suivre.
Produire, vénérer et collectionner des icônes n’est plus interdit depuis longtemps.

 

 

Ostende, le 15 février 2016

 

Phillip Van den Bossche

Image : Georges Vantongerloo, Zelfportret, 1916, Collectie Mu.ZEE. Foto : Steven Decroos.

 

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