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Où est le musée d’art moderne ? (2e partie)

« Ce qui est génial avec les musées, c’est que ce sont des lieux sûrs pour des idées dangereuses. C’est ce que j’aime croire, si on s’y prend bien. » (Fred Wilson)

 

Quand avez-vous vu Les Demoiselles d’Avignon de Pablo Picasso pour la première fois ? À la télévision, dans un livre ou sur l’écran d’un ordinateur ? Sans vouloir généraliser, il y a fort à parier que cette première fois c’était avec une reproduction. Il suffit de taper le titre de l’œuvre sur Google et de cliquer sur les images. Avec l’avènement des images mobiles au début du vingtième siècle, les reproductions ont commencé à connaître une ascension vertigineuse qui les a rendues quasi aussi anciennes que les originaux. L’original (la peinture) est exposé au MoMA de New York. Il y a de fortes chances que vous puissiez vous retrouver seul(e) en tête à tête avec cette célèbre œuvre et ce, malgré les millions de visiteurs que le musée accueille chaque année.

La collection permanente perd en popularité et en glamour, au profit des expositions temporaires.

Le tableau lui aussi est exposé seul, j’entends par là sans explication ni contexte. Pourquoi n’est-il pas intitulé Les Demoiselles d’Afrique ? Les deux personnages de droite sont clairement copiés sur des statuettes africaines. J’utilise délibérément le terme « copiés » plutôt que le mot « inspirés ». Il s’agit moins d’une attaque à l’encontre de Picasso – ce qui nous ramènerait de nouveau dans le domaine des généralisations hâtives – que de laisser libre cours à une autre perspective, une autre lecture (finalement).

Comment induire la réflexion ? Et si l’art moderne avait en réalité pris
sa source chez les femmes pygmées de l’Ituri (région située en République démocratique du Congo), et plus précisément dans leurs dessins sur toile de jute ? Où se trouverait alors le musée d’art moderne ?

Les visiteurs croient ce qu’ils lisent dans un musée, en particulier le titre inscrit sur le carton ou le texte affiché au mur. Les musées utilisent également des « euphémismes » pour dissimuler la vérité sur un objet ou une œuvre d’art. Que savent-ils sur les pièces de leurs collections? C’est l’une des questions et observations soulevées par Fred Wilson. Ses œuvres naissent toujours d’une recherche dans les dépôts de musées, de questions, et même une conversation de couloir peut pour ainsi dire être un point de départ. Le résultat livre souvent au spectateur une nouvelle perspective, et un regard pas toujours très recommandable sur une tache aveugle souvent eurocentrique, ou pire. Selon l’artiste, le musée est un lieu sûr pour des idées dangereuses. Qui peut faire apparaître des idées dangereuses dans un musée ? La question n’est pas négligeable, car les cadres idéologiques peuvent être posés ou tirer leur origine à partir de différentes orientations. Fred Wilson déclare ne jamais oublier qu’il est un profane.

Le  bond du contexte postcolonial et des processus de décolonisation vers
un débat transculturel reste une question complexe dans le paysage muséal. Quels sont les taches aveugles dans la politique d’acquisition des œuvres (à l’époque et maintenant) ? De nos jours, un tableau de Rembrandt se retrouve systématiquement au Louvre et, étrangement, une photo de Sammy Baloji aboutit invariablement au Musée du quai Branly. Pour citer un autre exemple, d’un point de vue sémantique : une étude de l’œuvre picturale et surréaliste de Jane Graverol nous pousse de manière fascinante à nous pencher sur notre vision coloniale des années 1950. Nous pouvons aujourd’hui relier tant d’univers avec toujours plus de nouveaux points temporels. Au-delà de la reproduction, entre la ligne de rupture officielle qui sépare art moderne et contemporain, Internet apporte un champ de connaissances horizontal. D’où la question de savoir pourquoi cela se fait si peu de choses dans nos institutions muséales. Le concept transculturel signifie, outre « englobant deux cultures ou plus », avant tout la possibilité de

naviguer « dans » et « à travers » des contextes.
Et comme le signalait récemment la rédaction du journal d’architecture OASE dans un numéro thématique (sur les pratiques transculturelles architecturales et urbanistiques) : « Il reste primordial de chercher comment développer des positions critiques dans la pratique, en s’efforçant de reconnaître que la notion d’échanges transculturels trouve précisément son origine dans les rapports de forces ».

Cette dernière citation peut paraître quelque peu plus compliquée, mais nous essayons de traduire les questions formulées et pistes de réflexion critiques au Mu.ZEE et dans notre rapport aux œuvres d’art. Pourquoi, en somme ? Peut-être parce que le cœur du musée pourrait montrer plus de tact. Comment, en réalité ? Nous vous présentons ci-après deux exemples de collaborations et de de recherches futures.

Nous dialoguerons avec l’artiste américain Richard Tuttle sur l’utilisation des couleurs dans l’œuvre de James Ensor. À travers l’exposition qu’il prépare pour le Mu.ZEE, il présentera sa conception de la « vraie » couleur ; comment Ensor, dans ses tableaux et son recours à la couleur critiquait la séparation entre l’aspect mécanique et la dimension humaine, contrairement à ses contemporains. Dans un courriel, Tuttle le formule comme suit : « Ensor est capable de séparer la peinture de la couleur. La couleur devient réelle. C’est pourquoi il pouvait dire que les impressionnistes n’arriveraient jamais à comprendre ni la lumière, ni la couleur. » L’exposition proposera, outre des œuvres de Richard Tuttle et des palettes d’Ensor, également des bijoux massai et des tissus navajo.

Depuis fin janvier, nous proposons un nouveau prêt du Musée Royal de l’Afrique centrale de Tervuren. Pendant douze mois, artistes, écrivains et autres penseurs sont invités à réagir à la trame et aux dessins d’un morceau de tissu des tribus Mangbetu et Mbuti. Lors d’une première présentation, les œuvres de Guy Mees, Bernd Lohaus, Kasper Bosmans et Marthe Wéry livreront
un premier exercice « de terrain ».

« Sans les femmes, vous ne saurez jamais ce qu’est l’abstrait », disait Agnes Martin à Richard Tuttle pendant un voyage en voiture. Cette affirmation à elle seule pourrait être le prétexte d’une présentation de collection au Mu.ZEE et de la révision de l’histoire de l’art moderne. Je pense au langage figuré

des Pygmées et au début d’une chanson de The Fall : « There's always work in progress. You're always in work in progress ». L’art contemporain est gravé dans les gènes du Mu.ZEE. L’art contemporain est « propre » à la manière dont les collections de la Province de Flandre occidentale et de la Ville d’Ostende ont vu le jour et n’ont cessé d’évoluer au fil des ans. Un musée d’art moderne grandit toujours à partir d’un moment présent.

 

Ostende, le 18 février 2016

 

Phillip Van den Bossche

Image : Mangbetu, Uele, Province Orientale, DR Congo (oorsprong, maakster en jaartal nog onbekend) Textiel, bastvezeldoek, kleurpigment 80,5 x 73 cm Koninklijk Museum voor Midden-Afrika, Tervuren, EO.1951.25.69

 

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